Tous les participants au Trophée Régional d'Enduro Languedoc Roussillon le connaissent sous le diminutif de Vinz. Il s'appelle Vincent Ducailar, et... et quoi d'ailleurs ?
Le plus simple est qu'il vous raconte la suite lui même. Mais accrochez vous à votre cintre, le bonhomme est aussi bavard qu'il est passionné.

PL : Bonjour Vincent. Première question : nom, prénom, âge et qualité(s) ?
Non, non, je déconne !
Le vélo, tu es tombé dedans tout petit ou c’est une passion tardive ?
Vinz : Le vélo est devenu une passion sur le tard pour moi (comparé à certains qui y baignent depuis leur tendre enfance). C'est dans mes années Lycée que j'ai pris goût à la discipline, étant scolarisé dans un des berceaux du VTT héraultais (le Lycée était à quelques tours de roues du Lac du Salagou et au pied de la descente bien nommée de "la ramasse"). C'est toute la ville de Clermont-l'Hérault qui baigne dans le VTT, difficile de ne pas tomber dedans. Il y avait une section VTT au Lycée qui courrait en UNSS (championnat scolaire), dont l'un des principaux acteurs était Olivier Nicole (le frère de Myriam).
Originaire de sports très différents (Volley-ball, Badminton, Équitation, etc…), j'avais bien sûr une expérience très différente. J'ai donc commencé par un peu de BMX, monté des cols dans les Pyrénées, fait des raids multisports, et des randos bien sympas. Puis rapidement, j'en suis venu au Freeride. Il faut dire que c'était la discipline émergente à ce moment là, et que les spots autour de la maison ne tarissent pas de superbes traces.
J'ai alors créé un véritable champ de bosses à côté de la maison de mes parents (aujourd'hui rasé par un lotissement !), et shapé des passerelles en bois de palette à profusion dans un petit coin de verdure pentue. Et comme c'est aussi à côté de la maison qu'étaient organisé les premiers contests freeride, j'y ai aussi pris goût. Il s'agissait des 26 Trail Games. Et j'ai par la même occasion découvert les coupes régionales de descente. Puis j'ai continué par les Kordova Cup pour finir par les prémices de ce qui est devenu le WRT dans le Vaucluse où j'ai très lourdement chuté, m'entrainant de nombreux mois d'arrêt, (malgré le port des protections, ça ne fait pas tout !) avec la perspective de ne pas pouvoir remonter sur un vélo, et certainement éprouver des difficultés à pouvoir remarcher un jour.
J'ai mis ces longs mois de rééducation à profit pour réaliser quelle avait été mon erreur de m'engager dans une discipline aussi extrême et de ne pas toujours en mesurer les conséquences. J'ai alors fait pas mal de XC, et même un peu de Cyclocross (mais pas de route) et surtout beaucoup de randos. Je suis devenu moniteur à l'école VTT de Roc Evasion (Salagou), et j'animais beaucoup de séjours sportifs pour le centre de loisir avec les jeunes du secteur.
C'est pendant cette période que j'ai rêvé au développement d'un concept plus sympa à mes yeux : celui du rallye-enduro VTT. Et c'est comme cela qu'est né le premier Back to the Trail en 2007, avec la complicité indispensable de Flo, Elo et toute la tribu de Levas. Le concept était simple, inspiré de ce que nous connaissions déjà : remonter les sommets à la force des mollets, et chronométrer les descentes pour se tirer la bourre entre potes. Ce que nous faisions tout les dimanches en somme. Nous avions un peu moins d'une centaine de participants pour cette première édition qui comptait déjà 7 spéciales sur deux jours.
Mais je n'ai rien inventé, le premier enduro étais celui de la Garoutade à Ille-sur-Têt en 2005, auquel nous avions pris part entre copains (nous étions une soixantaine de participants, dont Sylvain des Riders Catalans qui organise aujourd'hui l'enduro des châteaux). Cet enduro comptais deux spéciales tracées par les frangins Epailly (ACI). A l'époque, il n'y avait pas vraiment de vélos spécifiques pour l'enduro, nous utilisions principalement des vélos de freeride à double-plateau (pour ma part c'étais un GT Ruckus). La plupart avaient des Kona Stinky. Qu'est-ce que les liaisons à vélo et le pédalage étaient dur !
Et depuis ces prémices, l'ambiance est restée inchangée : toujours aussi conviviale. Cela me fait très plaisir de pouvoir constater que maintenant le noyau des participants reste le même. Les pilotes se connaissent entre eux et certains roulent de plus en plus ensemble le dimanche. Une véritable émulation est née autour de la discipline, et nous sommes maintenant reconnus comme un challenge à part entière, de plus en plus convoité.
Mais il y a encore beaucoup d'efforts à faire pour perfectionner les épreuves et être mieux compris des responsables locaux (élus, institutions). Nous manquons encore cruellement de reconnaissance institutionnelle, et surtout d'aides.
PL : Tu es connu comme le loup blanc en tant qu'organisateur/coordinateur du Trophée Régional d'Enduro.
Peux tu nous en retracer l’historique ?
Vinz : Connu comme le loup blanc, c'est peut-être un peu fort. Les gens finissent forcément par me connaître, car ils voient ma frimousse sur chaque enduro dans la région depuis les débuts, je n'en ai pas loupé un seul, c'est plutôt devenu une habitude.
Dès 2008, l'idée à été de regrouper ces épreuves pour en faire un challenge local : le Trophée Régional d'Enduro VTT Languedoc Roussillon. A l'époque, Il n'y avait que 3 enduros préexistants : l'enduro de la Garoutade à Ille-sur-Têt, qui sortait tout juste des cendres du plus grand incendie qui ait ravagé les Pyrénées-Orientales, le meg'enduro de l'Aigoual et Back to the Trail.
Sont venus se greffer deux nouveaux enduros : l'enduro du Paty et l'endur'haut languedoc. Comme toute première organisation, les débuts ont été difficiles.
Les deux principales épreuves : la Garoutade et Back to the Trail, se sont déroulés merveilleusement bien, l'un sous un soleil radieux en avril, l'autre sous la pluie début Septembre.
L'Aigoual a posé problème pour l'organisation, car une société d’évènementiel privée est venu mettre son nez dedans proposant un tracé qui était loin d'être à la hauteur.
Le Paty et Vieussan, qui étaient les deux dernières épreuves du calendrier, ont réussi le pari et ont offert des parcours de folie, l'un par sa ludicité, l'autre par sa difficulté.
Mais que du bonheur sur 5 manches. Une première année réussie remportée par un Greg Noce impérial (4 participations et 3 victoires).
C'est donc logiquement que la seconde édition, a fait le plein de participants dès la manche d'ouverture. Ont commencés à se poser les problèmes de places et de liste d'attente. Le calendrier 2009 s'étalait sur 4 manches d’avril à octobre.
La première manche pyrénéenne changeait de site pour s'installer à St Michel de Llotes, sous la pluie.
La seconde manche était la première édition de l'endur'aude et ses 4 spéciales à rejoindre par des liaisons dantesques.
L'enduro gardois du Paty a été un succès, très plébiscité pour sa ludicité.
Et pour la finale, Vieussan dans l'Hérault n'a pas failli à sa réputation de difficulté technique et physique sur 2 spéciales (dont une inédite). C'est donc à domicile que la révélation de l'année Théo Galy, a été couronné, un poil devant Greg Noce qui s'est blessé dans la première spéciale et a été contraint à l'abandon.
L'année s'est terminée par le premier Trophée de France d'enduro VTT. Retour dans les Pyrénées-Orientales pour 4 spéciales (et une SP3 de folie !!!) sous une météo de Novembre bienveillante, qui a logiquement couronné la star nationale Jérôme Clémentz, juste devant notre star locale : Damien Oton.
Et 2010 commence sur une nouvelle dynamique. Le dernier pilote précité est ex-aqueo après deux manche avec Yannick Pontal ; espérons que cette année il ne se blessera pas ! La manche d'ouverture a changé de site pour se trouver dans le Gard, ou Joël à réussi le pari de tracer un bel enduro, très ludique, alors que beaucoup n'y croyaient pas aux vues du relief.
La seconde manche s'est déroulé sur le désormais célèbre enduro des châteaux. La saison se poursuivra pour la seconde fois dans l'Aude avant de retrouver les monts héraultais du caroux, et se terminer par une finale qui fait peau neuve dans les Pyrénées-Orientales, sur un tracé que vous n'êtes pas prêt d'oublier, je vous le garanti !!!
PL : Avec le 1001 Enduro tour, l'enduro régional Languedoc Roussillon est le seul circuit qui regroupe des organisateurs multiples.
Qui est à l'origine de cette idée ?
Vinz : C'est moi qui ai lancé le concept et qui ai contacté les organisateurs au début. Aujourd'hui, c'est l'inverse, ce sont les clubs qui me contactent pour candidater. Preuve qu'il y a une tendance qui est en train de changer. Effectivement, le Trophée ressemble sur ce point en partie au 1001 Enduro Tour coordonné avec brio par Greg Germain. J'ai d'ailleurs pas mal roulé sur ces épreuves, et continue régulièrement à y faire un tour (d'autant plus que je passe pas mal de temps sur le secteur de Toulon pour mon boulot).
Mais il faut noter beaucoup de différences fondamentales entre nos deux challenges enduro : presque une dizaine de dates sur la côte d'azur, et moitié moins chez nous. Les inscriptions aussi ne sont pas gérées de la même manière, le profil des épreuves est aussi un peu différent. Seul le déroulement des épreuves s'en rapproche et surtout l'esprit convivial autour du concept rallye-enduro (liaison à vélo et exceptionnellement en véhicule).

PL : Y-a-t-il un cahier des charges précis imposé aux organisateurs ?
Vinz : Il y a en effet un cahier des charges assez drastique imposé aux organisateurs (prix, parcours, repas, inscriptions, etc.). Chaque organisateur doit l'approuver avant d'intégrer le Trophée. Ce cahier des charges évolue tout les ans. Il est accompagné d'un "manuel pour les organisateurs" qui donne quelques tuyaux pour bien organiser son épreuve. Il se négocie et est appliqué en bonne intelligence avec l'ensemble des organisateurs et cela se passe très bien.
Pour revenir sur les différences avec le 1001 Enduro tour, en Languedoc-Roussillon les inscriptions sont centralisées, il y a un règlement relativement contraignant pour les clubs, chaque épreuve à une typicité particulière, il y a chaque année un renouvellement soit des tracés (spéciales), soit du site (un autre département ou une autre commune).
Sur la côte d'azur, les inscriptions sont à réaliser auprès de chaque organisateur qui est entièrement libre de définir en tous points le déroulement de son épreuve. Même si j'ai entièrement confiance en mes camarades organisateurs, je passe régulièrement faire un tour pour reconnaitre et valider les parcours lorsque c'est nécessaire.
En ce qui concerne les dits "organisateurs", il faut savoir que en Languedoc-Roussillon, cela représente un gotha très restreint de personnes, ils se comptent presque sur les doigts d'une main. En général, le concept et le tracé sont définis par une ou deux personnes maximum qui mènent le projet à bout de bras jusqu'à maturation. Il n'est pas toujours facile d'avoir toute la marge de manœuvre et la réactivité que l'on souhaiterait avec son propre club ou sa propre commune ! Le travail d'un organisateur se transforme rapidement en parcours du combattant. Il est parfois difficile d'expliquer, de motiver notre démarche. Mais heureusement les clubs et surtout le réseau d'amis sont là pour venir en aide à l'approche du grand jour.
PL : Pourquoi un nom aussi long, complexe et à consonance officielle ?
Vinz : Je me suis remué les méninges pendant de longs mois avant d'annoncer le nom que j'allais donner à ce challenge, puisqu'il en fallait bien un !
Trophée :
parce que je souhaitais créer un challenge proche de ce que je connaissais en XC et en DH. Mais comme ce n'est pas une discipline officielle, il est interdit d'utiliser les termes "coupe" et "championnat", que seule la FFC est habilitée à décerner. Et comme ce n'est toujours pas une discipline officiellement reconnue, ce nom me convenait très bien. Je ne voulais pas de nom anglais (je suis bien trop attaché à ma patrie), c'est pourquoi le terme de "Trophée", fréquemment utilisé dans les autres sports que je pratique, m'est venu naturellement.
J'estime que le niveau des meilleurs enduristes est comparable à ceux des élites dans les autres disciplines, il me semble logique de leur apporter une légitimité ne serait-ce que par la dénomination des compétitions auxquelles ils concourent.
Régional :
parce que je souhaitais rester sur la similitude des coupes XC et DH, et que de toute façon, je ne me sentais ni l'ambition ni l'envie de développer le concept sur une zone géographique plus étendue. Il y a déjà beaucoup de travail à mener au plan local. De plus ma volonté était de montrer qu'il y a une alternative aux Enduro-Series et au Riderz Cup de l'époque.
Pour montrer et faire connaitre notre région comme un territoire qui présente par ailleurs un potentiel et des paysages exceptionnels pour cette discipline.
Pour rester dans une optique plus modeste, avec des enjeux amateurs, juste pour la passion. Rassembler les amateurs locaux afin qu'ils se connaissent entre eux et puissent partager.
Enduro :
pour qualifier et différencier du XC, DH, trial et descente-marathon.
Cela sous-entend : rallye-enduro (montées effectués à vélo ou exceptionnellement en véhicule dans un temps imparti mais large. Les portions majoritairement descendantes, les spéciales, étant chronométrées. Un sport complet, aux origines mêmes de la pratique du VTT).

PL : Mais dis moi, ce n'est pas un peu complexe à coordonner tout ça ?
Vinz : Étant moi même avant tout organisateur d'épreuves (et pas forcément que d'enduro, j'ai aussi organisé d'autres manifestations sportives : XC, Run and Bike, et bien d'autres sports), je comprends relativement bien les difficultés que peuvent rencontrer chacun des organisateurs. C'est pourquoi, pour les aider, j'ai mis en place "enduro régional", association loi 1901 à but non lucratif, affiliée à l'UFOLEP. C'est le socle du Trophée Régional qui permet de coordonner les épreuves, souscrire les assurances, gérer les inscriptions, retenir et évaluer les candidatures, édicter les règlements, gérer la communication, être un interlocuteur unique, etc… C'est un véritable organisme de gestion, mais de taille modeste, et adapté à notre discipline. C'est surtout un fabuleux outil pour centraliser l'ensemble des actions à mener. Cela évite donc les dispersions d'énergies et permet d'avoir un challenge à la gestion la plus homogène possible (compréhensible et accessible au niveau des informations pour un participant).
Le point important est surtout que cela permet d'alléger considérablement la charge de travail de chaque organisateur en leur facilitant de nombreuses procédures : gestion des inscriptions, des plaques de cadre, etc.).
La complexité dans la coordination tient au fait qu'il y a différents intérêts à ménager.
Je le disais, le support de chaque course est obligatoirement un club local. C'est aussi un impératif que je fixe, il faut que l'épreuve leur soit profitable ne serait-ce que pour justifier leur présence. Mais chaque club, chaque organisateur à ses exigences particulières, il faut donc négocier. Et parfois, la rhétorique va plus loin encore lorsqu'il s'agit de mener des actions qualifiables de diplomatiques avec les institutions locales (mairies, ONF, propriétaires, etc…).
La partie la plus âpre des négociations intra-organisation est la définition du prix d'inscription, que j'ai souhaité harmoniser cette année, autant que faire se peut. Pour moi, avant tout participant et passionné, il est impératif d'avoir un prix d'inscription raisonnable, pour rester accessible à tous. Je ne veux pas rendre élitiste cette pratique en surfant sur la vague marketing.
Sur chaque épreuve, nous recueillons tout juste de quoi rentrer dans les frais de l'organisation et assurer le fonctionnement de l'association jusqu'à la prochaine manche. Il faut savoir que l'effort fait sur les prix est assez significatif en comparaison avec beaucoup d'autres épreuves similaires. Considérant bien sûr que chaque manche comprend dans ses 23 euros de tarif d'inscription, les ravitaillements et toute la logistique course en plus du repas de midi, qui est systématiquement servi sur chaque épreuve : c’est pour nous un gage de convivialité.
Dans l'ensemble, cela se passe très bien entre organisateurs ; nous sommes tous en relation, et entretenons des relations amicales. Croyez-moi, du côté des organisateurs, il y a des individus au cœur plus gros qu'un cœur de lion, à l'autodérision, au sourire, à l'entrain et à l'obstination qui dépassent de bien loin la limite humaine. Et c'est pourquoi, il est tellement plaisant de mener l'expérience avec eux. Alors le fait que ce soit plus ou moins complexe m'importe peu : tant que nous y mettons tous la même bonne volonté, ça restera un plaisir et une passion avant tout. Et comme dit l'adage : quand on aime... on ne compte pas !
PL : Une course comme l'Enduro des Châteaux, ça représente quoi en chiffres (nombre de bénévoles, temps passé, budget, ...) ?
Vinz : Ça représente environ une quarantaine de bénévoles (dont environ 8 secouristes). Ça fait du monde : chrono, retrait des plaques, repas, sécurité, gestion générale, etc… Le temps passé peut se compter de plusieurs manières : le temps effectivement passé à crapahuter dans les sentiers, et le temps occupé dans l'esprit de l'organisateur.
Le temps sur le terrain est impossible à chiffrer avec certitude mais il est certain que ça s'approche d'une centaine d'heures. Si cela peut paraître énorme, il faut bien décomposer toutes les étapes : reconnaissances et choix du tracé, débroussaillage (le plus long), adaptation des traces, prospection des terrains, repérages des obstacles dangereux et sécurisation, roulage et reroulage pour valider les trajectoires et les options de chrono choisies (c'est souvent à cette étape qu'on modifie certains parcours), et enfin : le balisage (et ce n'est pas toujours facile !).
Et il y a aussi toute la paperasse. Demandes d'autorisations aux municipalités, département, intercommunalité, ONF, autres propriétaires publics et privés. Recherche de partenaires pour les secours, pour les financements (sponsors, subventions, etc.), convention d'assurance, inscription au calendrier de la fédération, mise sur plan du parcours, courriers aux différents services concernés (DDE, Gendarmerie, service départemental d'incendie et de secours), réservation de salle, d'emplacement pour le parking, fabrication du fléchage, budgétisation, déclaration de la manifestation à la Préfecture, liste de courses pour le ravitaillement et le repas, contact et planification de l'emplacement des bénévoles, mise au point du chronométrage, évaluation des temps de spéciales et de liaisons, impression des cartons horaires individuels et des tickets repas, commande des plaques de cadre et des rilsans, réception et gestion des inscriptions, mise en place des listes d'inscrits et ordre de départ, etc…
Voilà comment un enduro peut hanter entre 6 et 8 mois vos nuits et vos journées.
Pour parler budget (le nerf de la guerre) : il s'élève à environ 3000 euros.
Il est réparti de la manière suivante : un tiers en frais de bouche (repas de midi, apéro et ravitaillement), un tiers en assurance, frais de secours et autres frais obligatoires. Le dernier tiers étant consacré aux dépenses diverses (fonctionnement de l'association, frais de correspondances, frais bancaires, achat des lots, etc.).
PL : Il n'y a que des bénévoles pour faire tourner le trophée ?
Vinz : Il y a exclusivement des bénévoles pour faire fonctionner le Trophée, j'y tiens énormément. A commencer par l'ensemble des organisateurs (moi y compris). Nous avons tous un travail et une famille. A la différence de nos familles et travail respectif, notre passion nous est commune.
C'est à mon sens, ce qui fait tout l'intérêt et tout le succès de ce Trophée en matière de convivialité.
Il faut bien tenir compte du fait que hormis nos partenaires traditionnels (planetelibre.net et endurotribe.com) nous ne faisons aucune communication dans la presse ou dans les commerces spécialisés. La seule raison qui fait déferler les participants sur nos épreuves, c'est le réseau d'initiés (internet) et le bouche à oreille. Cela nous suffit amplement et nous n'avons pas vocation à ouvrir plus notre coquille, car gérer entre 150 et 200 pilotes par épreuve est déjà un grand défi.
Bien sûr, être bénévole veut souvent dire que vous laisserez des plumes dans l'organisation : frais de déplacement, pneus crevés sur les épines que vous avez taillés la veille, toutes ces écorchures provoqués par les ronces que vous essayez de couper depuis un quart d'heure pour élargir le virage, ce mal de dos après avoir pioché toute la matinée pour enlever ce satané rocher au milieu de la trajectoire, ce sandwich amoureusement préparé par votre douce et tendre qui vous reprochera encore une fois d'être rentré trop tard, bien après la tombée de la nuit, alors que négociiez encore l'autorisation de passer sur la propriété du berger du village ! C'est effectivement un investissement personnel continu et intense.
Chacun des traceurs de chaque parcours est un pilote qui participe lui-même au Trophée. Voilà pourquoi les tracés sont de qualité, et voilà pourquoi chaque enduro est réalisé au plus près des attentes des participants avec un tel élan de partage et de convivialité. C'est une valeur fondamentale pour moi, qui lorsqu'elle ne sera plus vérifiée signera l'arrêt du Trophée. Cette volonté de faire partager aux autres de nouveaux sentiers, de nouveaux sites, d'inviter au voyage dans la bonne humeur est l'une des composantes de la discipline de l'enduro. C'est en organisant autant de weekend et faisant tout pour qu'ils restent inoubliables que notre petite communauté d'enduristes nous offrira toujours plus de visages, certes marqués par l'effort, mais surtout enthousiasmés. Et c'est tous ces sourires qui composent le salaire que nous percevons de ces longs mois passés à arpenter collines et montagnes pour le plaisir des autres. Et c'est précisément parce que cela n'a pas de prix que nous sommes heureux et fier d'être bénévoles.

PL : L'Enduro de Thuir ne fait pas partie du trophée régional en 2010, mais postule pour 2011. A terme, combien d'évènements pourrait comporter le trophée ?
Vinz : Et pour 2011, déjà plein de projets et du changement (quelques surprises)... Chaque année, il y a des changements : soit de spéciales pour les épreuves qui restent implantés sur le même site, soit de lieu lorsqu'on décide de créer une nouvelle épreuve. Mais il faut dire que maintenant, nous connaissons l'effet inverse des débuts de l'enduro dans la région : il y a trop d'épreuves candidates. Je me suis fixé un maximum de 5 épreuves dans le Trophée, pour rester raisonnable, tant en terme de calendrier que de coût pour les pilotes, et que de temps passé, pour nous, les organisateurs.
Cela n'empêche pas que je suis à fond pour soutenir tous les enduros, y compris ceux qui ne font pas partie du Trophée, quand ce n'est pas moi qui les organise personnellement !
La raison principale est qu’au delà de 5 dates, il devient difficile pour ceux qui jouent la compétition de se libérer de leurs obligations professionnelles ou familiales. De plus le coût d'une saison n'est pas anodin. Certes c'est une paille comparé à la plupart des autres challenges, mais j'y reste tout de même très attaché. Lorsqu’on est pilote il faut prendre en compte l'achat du vélo, des pièces de rechanges, les réparations, les équipements (casques et protections), le trajet en voiture, et l'hébergement. Ça représente peu pour certains, mais beaucoup pour d'autres. Je passe par là moi aussi, donc je comprends bien ce que cela représente.
Vous l'aurez compris à la lecture des lignes précédentes, nous sommes bénévoles, donc nous solliciter plus de 5 fois par an nous coûte cher, et nous ampute également du temps sur nos activités professionnelles et familiales. De plus organiser une manche du Trophée, c'est tout un stress, une logistique faramineuse à mettre en place systématiquement, et c'est surtout une sacrée consommation d'énergie humaine. Nous essayons de rester raisonnables à tous points de vue.
PL : Concernant le sponsoring, chacun fait comme il peut, où certains sponsors soutiennent l'ensemble du trophée ?
Vinz : Il y a des sponsors qui soutiennent l'ensemble du Trophée Régional. Je profite de ces lignes pour les en remercier : SUNN Bicycles (avec le SUNN Charger Quest), VELOLAND Perpignan-Narbonne, NEXSEN BIKE, DM3, EXOTIC BIKE, AUDE AVENTURE (composants FUNN, QUAD, etc.), X1 RACING SUSPENSION.
PL : Quelles sont les principales difficultés que rencontrent un organisateur d'enduro ?
Vinz : Il y en a beaucoup, je ne vais lister que les principales et les plus évidentes :
- Propriétaires privés :
Vous avez un superbe sentier qui sillonne la montagne, c'est le top du top du sentier enduro. Il est emprunté tous les dimanches par des wagons de vélos. Personne ne s'est jamais posé la question du propriétaire auquel appartient la parcelle où débouche nécessairement le chemin. Mais vous êtes organisateur d'une manifestation sportive, donc la Préfecture vous impose de lui produire l'autorisation de chaque propriétaire de parcelle traversée, centimètre par centimètre s'il le faut. C'est donc un véritable travail de fourmi qui ne fait que commencer. Il faut donc prendre contact individuellement et recueillir leur autorisations écrites, y compris s'ils sont à l'autre bout de la France ou du monde. Généralement les gens sont compréhensifs, il est fréquent qu'ils ne sachent même pas que ce bout de montagne leur appartiennent. En revanche certains sont plus récalcitrants. D'autres se prétendent propriétaires alors qu'ils ne sont pas enregistrés au cadastre. Ce genre de situation nous à parfois obligé à modifier des tracés, annuler des spéciales, voire contourner des portions du parcours pourtant extraordinaires.
- Propriétaires publics :
Avec les communes et intercommunalités, il y a peu de problèmes car ils réalisent rapidement que ces évènements leurs sont bénéfiques (économie locale). Mais ils restent difficiles à persuader en raison des contraintes de responsabilité et de sécurité. Il faut souvent faire des concessions désavantageuses. Parfois, pour des raisons de cohabitation des usagers et de préservation du patrimoine, il nous est interdit d'emprunter certains sentiers (les plus beaux). Avec le département, les parcs naturels et l'ONF, là c'est une autre paire de manches. Il est extrêmement difficile d'avoir les autorisations qui sont délivrées à titre précaire et révocable. C'est à dire que du jour au lendemain, parce qu'un garde ONF à surpris un vélo sur un sentier interdit, une épreuve peut se voir retirer une autorisation et être contrainte d'annuler. Ça nous est déjà arrivé.
- Préfecture :
La hantise de tout organisateur. Le dossier complet est épluché tel un oignon par les services de la préfecture. Aucune erreur de procédure n'est permise au risque de voir l'autorisation suspendue. C'est un véritable chemin de croix.
- Forces de l'ordre et services de secours :
La Gendarmerie doit être informée de toutes les activités du ressort de la brigade territoriale. Il faut donc transmettre toutes les informations (plans, horaires...) et passer de longues heures à expliquer le déroulement de l'épreuve, car lorsqu’on n’est pas initié à la discipline, ce n'est pas toujours évident à comprendre. Depuis la loi de modernisation de la sécurité civile de 2005, les SDIS (Sapeurs-Pompiers), n'assurent plus les DPS (dispositifs prévisionnels de secours) sur nos courses. Il faut donc trouver d'autres moyens pour parvenir à trouver les secouristes pourtant obligatoires, qu'il faudra payer.
- Repas et ravitaillement :
Trouver un prestataire pour la fourniture du repas à vil prix et en quantité suffisante. Pas toujours facile, surtout que nous essayons de faire travailler les producteurs locaux.
- Chronométrage et bénévoles :
Trouver des bénévoles efficaces, fiables et suffisamment nombreux, répartis en plusieurs équipes, dotés de montres synchronisés, tableurs et stylos, prêts à affronter tous types de météos possibles et imaginables pendant plusieurs heures, relève rapidement de l'opération commando. De plus il aura fallu définir à l'avance des temps de départ et des délais de liaisons adéquats pour qu'il n'y ait pas trop d'attente au départ, tout en laissant le temps pour se reposer, se ravitailler, voire effectuer les petites réparations. Un casse tête qui peut vite se transformer en cauchemar si tout n'est pas réglé au poil.
PL : Si mes informations sont bonnes, je crois que tu as participé à un groupe de travail concernant la reconnaissance de l'enduro comme une discipline officielle de la FFC. Vers quoi s'achemine-t-on d'après toi ?
Vinz : J'ai été effectivement été présent à cette réunion. Mais je n'y ai pas réellement participé. Disons que la FFC souhaite montrer une image démocratique quant à l'intégration de l'enduro et tente de ménager les esprits. C'est la tâche délicate qui a été confié à Manu Hubert.
Il faut savoir qu'au début de l'enduro, la FFC a tiré à grands coups de boulets de canon sur les courses enduro. Nous étions les vilains petits canards qui organisions des courses "sauvages", même pas officielles. Nous avions alors demandé une reconnaissance, il nous avait été opposé une fin de non recevoir.
Mais le contexte a bien changé. Maintenant, l'enduro est à la mode, c'est une discipline marketing qui se "vend bien" auprès de toutes les tranches d'âges. Problème pour la FFC : plus de 70% des participants sont non-licenciés ou licenciés UFOLEP (la fédération concurrente). Et il en va de même chez les organisateurs. Consciente que, vu l'essor de la discipline, il y a un gros manque à gagner et que sa part de licencié VTT est en chute libre, la FFC veut de toute urgence prendre une part du gâteau, à grand renfort médiatique. Elle nous rappelle notamment qu'elle organisait les championnats de France de rallye, qui ressemblait fort à l'enduro d'aujourd'hui, mais en omettant de préciser que c'était en 1990, et que cette discipline a été lâchement abandonnée car la fédération ne la trouvait pas assez rentable car il y avait trop peu de participants.
Nouveau problème : maintenant les organisateurs sont habitués à fonctionner sans la FFC. Et la FFC demande aux organisateurs des droits de réversions (payer une somme d'argent pour avoir le droit d'organiser). L'enduro qui avait réussi à exister en s'émancipant du fonctionnement contraignant des fédérations, ne pourra que très difficilement les réintégrer. Et pour ce faire, en respectant la logique des choses, ce serait à la fédération de s'adapter aux enduros, et non l'inverse. Une doléance et des remarques que j'ai adressées, mais qui n'ont pas été prises en compte. La FFC a donc édicté un règlement, qui à mon sens est loin de pouvoir guider un organisateur, et qui de plus ne permet pas à nos enduros régionaux de rentrer dans le cadre de la réglementation fédérale. Nous ne roulons donc pas enduro au sens de la réglementation de la FFC. Voilà une erreur regrettable.
En revanche ce qui a été bien noté c'est que l'UFOLEP propose aux enduristes des conditions d'assurance, de matériel, de licence, d'adhésion, et de coût beaucoup plus adaptées, tant pour les organisateurs que pour les pilotes. Et sur un autre sujet, j'ai été très vivement critiqué quant à l'organisation du Trophée de France d'enduro l'an dernier. Des réflexions que j'accepte mal venant de personnes qui n’y connaissent rien et qui n'ont jamais rien organisé en enduro. Surtout lorsque j’apprends que c'est précisément ce que la FFC veut mettre en place sur le même modèle... mais qui est encore loin de voir le jour.
Pour l'instant, nous concernant, il n'y a donc pas à mon sens de grandes avancées venant de la FFC.
PL : J'en viens à mon petit credo habituel : notre sport étant une activité de pleine nature, l'aspect développement durable est-il pris en compte par les organisateurs de l'Enduro Régional ?
Vinz : Nous avons intégré l'aspect développement durable naturellement, sans même y penser ni le revendiquer dans nos organisations.
Depuis le début, notre charte dans le règlement du Trophée, impose le balisage amovible, ce qui est strictement respecté.
Les sentiers sont toujours propres après une organisation et c'est une excellente chose.
Pour les repas, nous achetons chez des producteurs locaux, souvent bio.
Avant, nous utilisions des jeux de plaques de cadre que nous récupérions après chaque manche pour être lavés et réutilisés.
Pour débroussailler, nous n'utilisons que scies, sécateurs, pioches et pelles, pas de matériel thermique. Nous faisons attention à ne pas sur-emprunter les sentiers en changeant les tracés ou les sites sensibles d'année en année. Nous construisons aussi parfois des pontons en passerelles pour ne pas modifier le ruissèlement des eaux du fait de notre passage intensif pendant le week-end.
C'est un ensemble de petits gestes qui font qu'une organisation se déroule bien et peut se pérenniser.
Mais nous sommes bien conscient qu'il y a beaucoup d'améliorations à apporter : tri des déchets, moins d'utilisation de gobelets et couverts jetables, etc…
PL : Tu es plutôt du genre eau claire/banane séchée ou pinard/saucisson ?
Vinz : Les deux mon capitaine, ça dépend des moments et des occasions. Disons que je suis plutôt bon vivant et ne renie pas mes racines du sud, donc je mange bien sûr le saucisson en entrée, je bois le pinard avec un bon roquefort et termine par une succulente banane avant d'aller slalomer entre les buissons avec mon vélo dans la colline d'à côté.
PL : Le mot de la fin ?
Vinz : Merci pour cette interview et tout l'intérêt que tu portes à l'enduro en général et au Trophée en particulier. En espérant avoir répondu convenablement aux questions que tu m'as soumises.
Tu remercieras Jean-Marc Picard, pour ses comptes-rendus toujours aussi géniaux sur chaque enduro. Et si tu peux aussi lui poser une question de ma part : comment fait-il pour rouler aussi fort ? D'ailleurs je vais inscrire un nouvel article dans le règlement : on va mettre des radars sur les spéciales pour limiter la vitesse, à ce qu'il parait c'est à la mode et ça rapporte gros. Avec les amendes ça me permettra d'enlever ce puta...de pneu de 1,5 kilo a l'arrière que j'ai mis pour arrêter de crever sur les branches que je venais de couper, et de le remplacer par des tubeless à la nitroglycérine. Comme ça j'arriverais peut-être à suivre JMP qui sait ? (marre de me faire mettre à l'amende par les vieux !!!).
Je souhaite également remercier tout les fidèles qui participent maintenant depuis plusieurs années aux enduros et qui ont grandement contribués à en faire le succès d'aujourd'hui.
Merci à tous et à très vite sur les sentiers.
