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vendredi, juillet 9 2010

Thabor, je te hais.

Comment pourrait-il en être autrement puisqu'il nous a fait faux bond.
Pas de Thabor pour Okcbo et ses acolytes, mais de la belle montagne quand même.
Mais de quoi cause-t-il encore cet olibrius d'Okcbo ?
Allez, je suis bon prince, je m'en vais vous narrer l'historique du projet...

Pour cela, il faut remonter à plus d'un an, presque deux. Assis devant mon i-mac 24 pouces à la définition sans égale, j'étais tombé sur un topo vraiment alléchant d'un grosse virée à bicyclette dans le massif du mont Thabor. Quand, parmi d'autres, j'ai vu cette image, je me suis juré d'aller là haut.

Et le projet a fini par se faire.

Je ne peux vous parler de cette aventure, car c'en est une, assurément, sans vous en présenter les protagonistes.
Phil : monsieur muscles et homme de goût (puisqu'il roule sur un slayer)
Benjamin : Breton Luberonnais, nouvellement converti à cette fonction de la pédale qui permet de monter au sommet de la montagne sur son vélo
Lio : zébulon de l'équipe, toujours de bonne humeur, même quand sa tuyauterie fait des siennes à 2600 m. d'altitude
Charles : instituteur suspendu depuis peu (par Fox et Rock Shox)
Jeff : monsieur j'ai la forme quoi qu'il arrive sur mon beau vélo (un Yéti 575, encore un homme de goût)
Et moi.

L'idée de départ était d'atteindre le sommet du mont Thabor (3178 m.), dans le massif des Cerces. Autour de cet objectif, un joli circuit a pris forme, pour aboutir à 3 jours de vélo de montagne.
Après avoir fait tournicoter les différentes options dans ma petite tête de mono-neuroné du Thabor, je suis arrivé à ça :


JOUR 1
Partis un peu tard de Le Monêtier les Bains, nous sommes mis directement dans l'ambiance par la première ascension où nous poussons plus que nous roulons. Ce sera d'ailleurs le cas le plus souvent pendant ces trois jours : les Cerces, c'est raide, très raide...
Mais motivés par la beauté de la montagne, on avance, on avance, ... et on arrive au col de Buffère pour la première et longue descente (8km/500 m de D-).
Un vrai régal jusqu'à Névache, où une pause s'impose.
Le ciel se charge de plus en plus malgré les prévisions qui n'annoncent pas d'orage pour aujourd'hui. On continue donc vers la deuxième ascension du jour qui doit nous mener au col des acles, puis en Italie. On oubliera l'horrible piste sans un pêt d'ombre ou nous avons tous cru mourir...
L'orage n'est pas loin, mais des randonneurs qui descendent nous rassurent sur sa localisation : on continue.
La section qui part du col et doit nous mener au départ d'une descente réputée est magnifique. En voici une partie :

Il pleut, on attaque la descente (2km/500m de D-). C'est superbe effectivement : des lacets en quantité industrielle, beaucoup de cailloux et pas mal de pente ! C'est technique, voire très technique ; seul Benjamin se joue de certaines épingles en sortant de sa trousse à technique le pivot sur roue avant.
La suite sera bien différente. Arrivé en bas, BAM ! la foudre tombe tout près. Il pleut de plus en plus. La décision est vite prise, on délaisse la montée au col de thures pour la route qui nous mènera à la vallée étroite par le fond de la vallée.
Même si le goudron est par définition roulant, on arrive bien exténués au refuge I Re Magi. Et là, fatigués, trempés et crottés, nous sommes accueillis par Chiara. Aaaaah, charmante Chiara ! Sa seule présence nous réconforte, toutes nos tensions musculaires s'évaporent, nous nous sentons tous déjà beaucoup mieux !
Blague à part, alors qu'on ressemble plus à des clodos, on est accueilli comme des princes : les vélos ont droit à leur garage, nos pieds à des pantoufles, nos fringues de coyotes à la chaufferie, et nos petits corps endoloris à une douche chaude. Le bonheur quoi !
La suite est au diapason : antipasti, saucisses/polenta, fromage, dessert

Ça, ça nous a bien remis d'aplomb. Avec l'apéro pour commencer, le café et le génépi pour finir, on est allé se coucher sans remords aucuns !

JOUR 2
Je le savais.
Je le savais, mais je ne voulais par me rendre à la raison. Il y a trop de neige sur le Thabor, il faut renoncer au sommet. Voilà pourquoi je le hais. Tant pis, nous reviendrons. En discutant avec Chiara (Aaaahhh....), nous avons établi un tracé alternatif.
Pas simple de se remettre en selle, mais il suffit de lever le nez pour que la vue nous recharge les accus.

Après une pause touristique au lac vert, on attaque la longue remontée de la vallée étroite. C'est beau, vraiment très beau.
Quand, après du pédalage/poussage/portage/"longeage" de torrent on arrive au col des méandes (2700 m.), on se trouve au pied du Thabor, juste au dessus du grand Séru. Il nous manque 400m. pour atteindre le sommet, mais bon...
Une bonne grosse descente nous attend, mais la remontée au col du vallon nous nargue avec ces 2,5km et ses 400m de D+. Regardez plutôt :

On se dit qu'il n'y a pas tant de neige que ça, mais quand on y est, pas le choix, ça passe en plein dans le névé final...
Mais en attendant, il y a une fameuse descente à s'infuser : c'est parti pour 2,5km de descente et 500 m de D- !
Quand, après s'être gavé à la descente, en avoir bavé à la montée, on atteint enfin le col du vallon, on bascule face sud. A peine deux mètres sous le col, plus de vent : c'est plus fort que nous, on s'allonge dans l'herbe, et on profite quelques minutes du panorama. Certains on même failli s'endormir...
Ce qui nous attend est un vrai gros gâteau comme on n'en rencontre que rarement. Une descente de 7 kilomètres et 1000 m. de D-, d'une qualité et d'une variété sans égale dans un environnement fabuleux.

Arrivés à Névache, nous avons tous le sourire niais du gars content scotché sur la figure. Et là, est ce un signe du ciel ? On tombe par hasard sur une brasserie tenue par un Italien qui nous annonce fièrement qu'il brasse sa bière. Ni une, ni deux, en bons sportifs, nous profitons de ces bons sels minéraux qui tombent du ciel ! Il peut être fier le brasseur, elle est excellente sa bière.

Après trois pintes, direction le gîte. Et malgré la fatigue accumulée, on s'attable avec une horde de randonneurs bruyants qui fêtent l'anniversaire de Gaëtan (à moins que ce ne soit Constant, ou Pierre, ou Marcel, je ne sais plus). Gilbert en profite pour venir nous vanter l'excellent tracé vtt Sarreguemines/Nice. Peut être notre prochain périple, qui sait ?
Allez, au lit.

JOUR 3
Modification de l'itinéraire prévu. On revient à la toute première version, plus longue, mais moins rude.
Le petit échauffement matinal sur la route est bien venu. Et après, crac ! "Dré dans l'pentu" !
Une fois les 400 m. de dénivelé avalés, c'est du pur bonheur ! Nous sommes sur le chemin de ronde pendant presque 8 km. Ça monte juste un petit peu, c'est parfois plat ou descendant , la vue est magnifique, les rhododendrons sont en fleurs, le single est au top.

Et encore une descente ! Classe, toute en single, roulante au début puis avec quelques bons passages bien trialisants. Après 2 km et 370 m de descente, on a encore le sourire niais scotché au visage. Ça devient une habitude...
A partir de là, ça monte, progressivement, mais longtemps. On fini par arriver au lac rond, les pieds dans la neige .

Et on attaque la montée du col des Cerces, encore bien enneigé. On bascule derrière, et, devinez quoi ? Encore une descente au top, jusqu'au lac du même nom. Ça devient lassant... :) !!
Remontée au col de la Ponsonnière : chamois, vautours, paysage grandiose, ... Hein, quoi, je l'ai déjà dit ? Désolé, mais c'est partout comme ça dans les Cerces.
Et zou ! Encore 4,5 km et 600 m de descente !
Mais une fois en bas, on se rend compte que les organismes ont bien trinqué. La question se pose de shunter la dernière remontée et de terminer par la route. Cette option est cependant bien vite balayée : on s'engage sur le chemin du Roy. On se rend vite compte que le choix était le bon, car le dénivelé est raisonnable, et le sentier bucolique à souhait.
La dernière pause a une saveur toute particulière : à partir de maintenant, ça descend jusqu'à la fin. Après 4,3 km et 700 m de D-, nous voilà attablé autour d'un demi à Le Monêtier les Bains.
C'est fini.
C'était bien.
Ce sera dur de refaire du vélo "normalement"...
Merci à mes acolytes pour ce beau moment de montagne, de vélo, de sport, mais surtout de partage.

Pour ceux qui aiment les chiffres :
Jour 1 : 46 km / 2350 m de D+ et 2000 m de D-
Jour 2 : 21 km / 1400 m de D+ et 1500 m de D-
Jour 3 : 38 km / 2100 m de D+ et 2150 m de D-

Le tracé réellement effectué


Toutes les photos

lundi, décembre 21 2009

Cabezac : ride et charcutaille

C'était le vin, pardon, le 20.
Vous comprendrez plus loin pourquoi je fais ce lapsus (tiens, encore un mot qui va plaire à Moquette !)
Et le 20, c'est pas très loin de noël. Voilà donc une sortie estampillée "Christmas Riding" sur les terres Cabezacoises (ou Cabezactiennes, Cabezantines, Cabezinouses, Cabezmoilamain, aaaah oui Marcel, plus bas, t'arrête pas.....). Mais je m'égare, revenons à nos riders.
A 9h30 tapantes, les 11 prétendants à la défloration de la colline fourbissent leurs armes devant la coopérative oléicole l'Oulibo.
Et pour célébrer cette belle journée, on est venu de partout, et parfois de loin : Toulouse, Privas, Montpellier, Béziers, Narbonne. Giv nous fait faux bond, il est malade le pauvre petit. Vous comprendrez plus tard qu'il n'est pas tant à plaindre que ça, et peut être pas tout à fait malade...
Le Père Noël s'est déplacé en personne, malgré une belle biture la veille au soir ; il était tellement mal le papa cadeaux, qu'en se levant ce matin, il s'est rasé !!

Le catcheur "Okcbo Trident" et son sparing partner "Narnoz Moumout" ont aussi fait le déplacement.

Notre maître à tous, Jean "Nexsen Republik El Gallo Spirit" accompagne notre vieille Moquette préférée et son vélo Milka, tandis que Blondin se prépare à une journée farniente/photos shooting.

Vu que je ne connais pas personnellement tous les participants, je ne me suis pas permis d'imaginer leurs curriculum vitae. Je pense d'ailleurs qu'ils doivent préférer ça !
Au programme de la matinée : visite des singles de la colline par DGR, notre guide.
C'est donc parti pour une vingtaine de kilomètres sur un terrain très agréable, peu caillouteux, et assez ludique.
Après être montés, descendus et avoir virevolté en tous sens, nous rejoignons Blondin, confortablement installé au centre névralgique de la journée : les antennes, au départ de la DH.
Et comme on a encore un peu de temps avant midi, on teste les nouveaux aménagements de DGR, RiderChris, et sa bande. Sacré boulot effectué tout de même, avec peut être quelques retouches à faire, sauf pour l'excellent road gap ! Mais bon, quand on aménage, ce n'est jamais simple de tout shapper nickel du premier coup. L'homme au Sunn Dual, j'ai nommé Constant, en profite pour communier avec la nature en embrassant un arbre.
On remonte aux antennes, et là, on tombe sur ça :

On fait donc honneur au banquet, et on se rue sur le pâté, le saucisson, le boudin, le saucisson à l'ail, le jambon cru, la salade, la saucisse, les chips, les bières, le vin, le vin chaud de Narnoz( big up !!), ...
On n'est pas loin de l'orgie !
Sinon, vous vous rappelez de Giv, soi disant malade ? Il téléphone pour dire que finalement il arrive. Plutôt qu'un virus, je diagnostique une allergie chronique aux pédalages matinaux ! Il semble d'ailleurs qu'un certain Hellomat, absent aujourd'hui pour raisons familiales, soit également atteint par cette allergie ; va falloir aller consulter les gars !
Bref, on se gave, on se gave, tant et si bien qu'à l'heure de repartir, une certaine mollesse nous tient compagnie.
Mais on n'est pas des guerriers pour rien, on enfile vite fait bien fait les armures, les casques, et on arrive devant le premier saut.
Kické raide, il ne résistera pas aux assauts de Moquette, Giv, Constant, Narnoz et Okcbo.
Mention spéciale à Constant : sauter ce qu'il saute avec son vieux dual, chapeau bas !
La suite se déroulera comme le début, en mode découverte : on s'arrête à chaque saut, on évalue, on prend conseil, on discute, le public se presse pour avoir la meilleure place, les écureuils s'enfuient, les femmes accourent, la télévision s'installe,... bref, la colonie envahit la DH, sous l'œil quelque peu vitreux de deux joyeux commissaires de piste, qui carburent au vin chaud de Narnoz.

On y passe tellement de temps dans cette DH, qu'une fois arrivés en bas, on se rend compte qu'on n'aura pas le temps d'en refaire une autre. Et comme on est partis un peu vite, on se retrouve comme des c..., sans navette. On remonte donc au jus de mollet, la crampe nous guettant à chaque tour de manivelle (ou chaque pas, c'est selon !)... On arrive enfin au camp de base, vivants, mais tellement assoiffés que les quelques bières qui restent décèdent sur le champ.
Quelques tranches de saucissons plus tard, le chargement des vélos commencent, ça sent la fin...
Juste le temps pour "Frot'man" d'agresser physiquement Jean ; la preuve dans la galerie photo, je ne peux décemment pas afficher ça en première page de Planete Libre !
Voilà encore une journée de pur plaisir, que l'on doit aux participants, à la météo, au terrain, mais surtout à DGR et Riderchris : merci à vous pour l'accueil et l'organisation. Pour la petite histoire, le vin servi par nos hôtes s'appelle "Duo Mythique" (juré, je n'invente rien !)
Du coup, il n'est pas exclu que l'on revienne vous envahir un de ces jours !
Joyeux Noël à tous, et bons rides hivernaux !

Les photos de Blondin

lundi, novembre 30 2009

.COMMUNITY


Les 21 et 22 novembre, 9 riders ont débarqué à Sanary/Mer, et ont envahi la petite maison de Laurent et Diane pour un week-end de vélo.

En fait, nous étions 10 : le "Friend spirit", qui n'est pas sans me rappeler la naissance de A.G.E REPRESENT, ne nous a pas quittés pendant ces 2 jours.
D'ailleurs, la vidéo goupillée par Mat est non seulement très réussie, mais aussi vraiment dans le ton. Enjoy :

.COMMUNITY from mathias garcia on Vimeo.


Certains n'y verront que du vélo, mais pour ceux qui étaient présents, ça allait bien au delà du coup de pédale...

Les 10 compagnons de la .community du "Friend Riding spirit"(!) sont arrivés pour la plupart le vendredi soir. Vu le programme concocté par Laurent, ce n'était pas du luxe.
Samedi : Janas le matin, descentes du Faron l'après-midi.
Dimanche : Cuges le matin, descente du Regagnas l'après-midi.
Pas mal non ?

Janas, c'est le temple du "ludisme". Ça roule, ça gap, ça saute partout où le regard se pose. Chose étrange, Laurent a absolument tenu à nous faire faire du vélo de route en échauffement... Croyant à une coutume locale, et pour ne pas froisser notre hôte, nous n'avons pas protesté.
Après une bonne session de vélo, le saucisson, la bière et la caillette nous ont remis sur les rails : direction le Faron, temple du caillou.
Le petit téléphérique et ses charmantes hôtesses/pilotes (Aaaah, Joana...) nous ont accueillis pour 2 descentes, parfois assez engagées. Pas de chance pour Antoine qui clôt là son week-end sur une mauvaise chute. Remets toi vite moustachu, que l'on vienne rouler sur tes terres.
Le moment fort aura incontestablement été la descente d'un pierrier "un peu" raide ! Encore que ce passage aura été diversement apprécié... mais je ne suis pas une balance, je ne divulguerais pas le nom de celui qui est descendu pédestrement sur ses pieds, ou alors contre un gros chèque (contactez moi par MP).
Back to Lolo's home. Je retrouve ma copine Lily (la fille de Laurent et Diane), et on s'attelle au lavage des ours et à la préparation de la raclette. Après une gavade en règle, petite projection du dernier NWD 10, et tout le monde au lit, demain, ça recommence !!

Dimanche matin, la météo semble moins bonne, mais la motivation des troupes est au beau fixe. Direction Cuges.
Mama mia, quel spot !! Ceux qui ont aménagé ce petit vallon ont fait un sacré boulot, tant en quantité qu'en qualité.
Il pleut... Ce sera donc champ de bosses, les aménagements en bois étant trop glissants. Encore une grosse matinée de ride pour certains et de tyrolienne pour d'autres (merci Alex !).
On clôture la session par la descente du Regagnas : belle, mais technique, la donzelle finira de nous pomper l'énergie qu'il nous restait.

Voilà, on se quitte à regret, forcément, mais aux anges, ...forcément. Personnellement, c'est aussi pour des week-ends comme celui là que je fais du vélo.
Pour paraphraser Mat, Big up à Antoine, et remerciements très spéciaux à Lolo et Diane, qui nous ont accueillis comme des princes.
Et pour conclure, certains peuvent légitimement se demander si un week-end entre potes mérite un article sur Planete Libre. Si on considère que Planete Libre est un blog de qualité, et qu'à tous points de vue le week-end était également du top de gamme, alors la réponse est pour moi sans équivoque : c'est oui.

Les photos

samedi, février 7 2009

Laurent BELLUARD - BIG BIKE

Je poursuis mes petites interviews, toujours dans la veine "le vtt est une activité de pleine nature". Aujourd'hui, c'est le rédac' chef de Big Bike, Laurent BELLUARD qui répond à Planete Libre.

Planete Libre : Tu es pratiquant de la première heure, ou tu t'y es mis sur le tard ?
Laurent BELLUARD : Les deux, mais je me suis vraiment mis au gros vélo en faisant Big Bike. Mon métier, c’est de savoir bien s’entourer, pas d’être champion du monde du sport en question, sinon, j’aurais une des plus belle carrière sportive du pays : meilleur alpiniste, champion du monde d’escalade, de ski freeride, vainqueur des X-Games en pipe, de la coupe du monde de ski alpin, de la Rampage et des Enduro series, bref, j’en passe et des meilleurs…
Les magazines, c’est des intuitions, savoir capter l’air du temps, se passionner et matérialiser le tout en 100 pages.

PL : Ton ou tes vélos ?
LB : Rocky Mountain Switch 2.0, polyvalent à tendance gros vélo, histoire d’être tolérant en descente et surtout, fiable.

PL : Le vélo pour toi, c'est plutôt Vélo Tout Terrain ou Mountain Bike ?
LB : C’est pareil sur la forme, pas sur le fond. On a en France un héritage qui vient de la route, du Tour de France. Même si l’on parle de la même pratique avec les mêmes vélos, le mountain bike est au VTT ce que le ski freeride est au hors-piste : un état d’esprit. C’est cette étincelle en plus qui nous a fait organiser le saut de Dave Watson par dessus le tour de France sur l’étape du Galibier. Etre fiable dans ce qu’on affirme tout en restant un peu déjanté.

PL : Comment définis tu la ligne rédactionnelle de Big Bike ?
LB : C’est ce que je viens de dire : savoir mélanger la fiabilité et la folie. Je pense qu’on fait les meilleurs tests de vélo qui existent. On compare des vélos comparables à paramètres constants : même pneus, même parcours, etc. Et les vélos sont roulés longtemps, sans concessions. D’un autre côté, on n’a pas de tabous si ce n’est que mettre une gonzesse à poil dans le mag pour paraitre cool, c’est pas vraiment ma vision du truc. On ne fait pas un magazine pour camionneurs ! Après, avec bigbike-magazine.com, on essaie d’amener de la réactivité et de la complémentarité. C’est un gros boulot.

PL : Tes éditos sont souvent tournés vers l'avenir. Alors, d'après toi, sombre ou plutôt serein l'avenir du gros vélo ?
LB : Ni l’un ni l’autre. Le but d’un édito, c’est de se projeter vers l’avant, de poser une question en tentant d’appréhender son univers, de ne pas trop être à côté de la plaque… Ca dépend donc de l’actualité mais aussi de mon humeur. Le plus souvent, je pars d’une page blanche et une demi-heure plus tard, c’est fini. Pas de quoi intervenir sur l’avenir du gros vélo…
En revanche, il ne faut pas être spectateur de son activité, être fataliste, c’est pour ça que je soutiens pleinement les débuts de l’association Mountains Bikers qui porte en elle les gènes d’un futur plus serein pour le VTT, car même si les stations de ski ne sont pas encore vraiment rentrées dans la bataille, l’avenir se joue sur les millions de sentiers du pays.

PL : La création d'associations telles que Mountain Bikers Foundation, Eco sentiers, ... étaient donc dans l'air du temps ?
LB : Ca va dans le bon sens, dans celui de la responsabilisation qui est la seule issue face à la déresponsabilisation générale. Aujourd’hui, on est coupable dès que l’on fait quelque chose que la majorité ne fait pas : ski hors-piste, gros vélo, alpinisme, etc. Plus on avance, plus j’ai l’impression que l’on vit au moyen-âge, avec une pensée cadenassée par les interdits, l’obscurantisme et l’ignorance. On trouve normal de mourir devant sa télé à se gaver de junk food plutôt que d’accepter un risque, même minime, de se blesser en pratiquant une activité qui nous enrichit humainement…

PL : Les sports de nature sont souvent montrés du doigt par les associations de protection de l'environnement. Une revue spécialisée peut elle (ou doit elle ?) prendre position sur ce sujet épineux?
LB : Evidemment. C’est en partie ce que je reproche à la presse spécialisée en général, qui regarde passer les trains sans agir. Si on est spécialisé, alors on doit défendre sa pratique tout en tentant de l’orienter dans le bon sens. Il faut donc batailler avec les intégristes écolos tout en incitant à une pratique plus respectueuse, c’est-à-dire à ne pas couper les épingles par exemple. Il faut se méfier de la pensée « mainstream » qui formate car répétée à longueur de journée comme une incantation. Les pratiquants de gros vélos sont des gens qui aiment la nature, qui passent leurs journées dans des coins paumés ou à suer pour atteindre un beau panorama. Ce n’est donc pas à une poignée de citadins extrémistes de nous donner des leçons de respect de la nature. En fait, j’ai du mal avec la bêtise en général…

PL : Quelle place a Big Bike parmi la douzaine de publication des éditions Nivéales?
LB : Un douzième ! C’est un magazine encore jeune dans un univers concurrentiel fort mais c’est pour un média d’avenir puisque déjà « média global » : sept magazines papier, un site internet actif et deux numéros gratuits, en juin pour les stations de ski et les bike parks, fin septembre pour les nouveautés.

PL : Il y a 10 ans, tu étais rédac-chef de Grimper. Je suis moi même grimpeur, et j'en connais beaucoup qui se mettent à l'enduro ou au freeride. Selon toi, qu'est ce qui rapproche ces deux activités ?
LB : La nature avant tout mais aussi les sensations, les émotions. L’escalade reste le meilleur sport au monde, un truc que seul ceux qui pratique peuvent comprendre. C’est le sport le plus enrichissant qui existe, un truc où tout se mêle, le psychique, le physique, l’adrénaline, la stratégie, la force pure, l’endurance, la nature, l’urbain avec les salles d’escalade. Bref, en gros vélo, on retrouve une partie de ces éléments mais cette pratique se rapproche davantage du ski que de l’escalade. En tous cas, le dénominateur commun est clairement la nature, l’envie de se donner du mal en ayant un peu d’adrénaline dans un cadre naturel.

PL : Crois tu que le freeride, au sens premier du terme, existe encore ?
LB : C’est à dire ? Le freeride, c’est pas faire n’importe quoi, ne pas avoir de règles. C’est simplement changer les règles établies et rouler pour soi, s’offrir d’autres sensations en essayant d’autres choses. La tendance freeride colle toujours à une période précise d’un sport, c’est à dire au moment où une minorité veut changer les règles du jeu et en inventer de nouvelles. C’est une période existante parce riche. Pour le VTT, je crois que les nouveaux terrains de jeu ont été bien défrichés : le dirt, l’enduro avec au milieu, le freeride qui consiste à tout faire sans vraiment faire quelque chose… L’état d’esprit freeride, c’est juste une rupture dans le train-train des choses.

PL : Une dernière question : saucisson /pinard ou hot dog/coca ?
LB : Saucisson/pinard, sans hésitation. Le freeride ou le gros vélo, c’est du plaisir, pas de la merde en boîte. Il n’y avait pas d’autre réponse possible.

PL : Merci Laurent, et bon vent pour les championnats du monde de ski (Laurent BELLUARD est également rédac' chef de Skieur Magazine)